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    Et demain on fait quoi ? _ La ville des métiers 2

    Dans le contexte de la période particulière que nous vivons, la promiscuité des habitants et les lieux de sociabilité sont apparus comme un facteur de dangerosité.

    La densité est aussi la réponse au besoin d’abriter une population croissante qui occupe des fonctions de services et tertiaires.

    Inhérent à l’idée de fabriquer un système urbain optimisé dans son occupation des sols, le principe de densité est aussi déterminant pour préserver les terres agricoles et créer les conditions d’un écosystème viable.

     

    Nous devons nous interroger sur la « sécurisation » des déplacements entre les logements et les lieux de travail et sur l’orientation des activités de travail dans la cité. Les infrastructures existantes du modèle de « la ville Européenne » sont aujourd’hui trop centralisées et énergivores.

     

    Il convient de redéfinir cette continuité uniforme de la densité urbaine et ses flux d’activités en recréant des secteurs hybrides de production des biens et des services :

    – à l’échelle du territoire métropolitain, avec le principe de pluricentralité en intégrant la notion de « disque vert capable » d’espaces verts et de terres cultivables en proximité de zones urbaines ;

    – à l’échelle d’un bâtiment, avec le principe d’une architecture hybride optimisant les ressources dès sa construction par une approche low-tech et une conception moins spécifique aux besoins immédiats privilégiant le confort d’usage et un réemploi facilité.

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    © Jeudi Wang 2019

    Les déterminants de l’amabilité urbaine

    La densité étant un impératif urbain, il s’agit de penser et de définir les conditions de son urbanité. En intégrant l’optimisation énergétique des activités de travail, la consommation de biens et produits manufacturés, les déplacements, les usages numériques autant que l’alimentation. Cela se traduirait à l’échelle urbaine par l’émergence de « villes dans la ville » en renforçant les centralités locales disposant d’une taille suffisante permettant d’accueillir habitants, emplois, équipements, commerces et services publics de manière pérenne. Mais c’est à l’échelle des bâtiments que l’inflexion est possible de façon plus immédiate et sensible. La tendance au fractionnement de la production est de nature à bouleverser les flux de fonctionnement vers des modèles plus optimisés en termes de logistique urbaine. Ces nouvelles chaines de fonctionnement urbain vont toutefois nécessiter des espaces qui n’existent pas aujourd’hui.

    Ainsi la refonte et le rapprochement des activités de production et de recyclage dans la ville repense le modèle du « contenant » ce qui interroge sa capabilité. L’idée est ainsi de passer des contraintes liées aux fonctions urbaines à des possibles liés aux contenants. Ils ne sont ainsi plus issus d’une démarche quantitative mais d’une vision plus qualitative des mètres carrés créés suivant leur capacité à contribuer à l’écosystème (adaptabilité, ergonomie, capacité à recycler ses déchets, participation à la qualité de l’air et de l’écosystème en général).

    Des contenants plus universels, plus généreux

    Accueillant les besoins du fractionnement de la production, des stockages relais mais aussi les métiers émergeants, ces nouveaux espaces ne peuvent exister aujourd’hui, faute de modèle économique dans la ville. Notre proposition est de créer un lien règlementaire entre le foncier et l’obligation de créer des surfaces locales dont le mode d’utilisation est souple et contributif. Notre contexte impose une transition des logiques strictes inféodées aux coûts d’investissements financiers, vers des logiques où les coûts environnementaux sont les premiers critères.

    L’approche quantitative est reine dans l’ensemble de l’intelligence de la production de la construction. Elle affecte le management et la planification des bâtiments, jusque dans ses moindres détails : tout est défini par le prisme numérique de la quantité. Sortir de cette démarche, c’est accepter d’interroger un des travers de l’ingénierie, qui dans l’industrie du bâtiment fonctionne par compartiment, dans une logique de rapport de force plus que de synthèse et d’optimisation. C’est une des raisons qui ne permet pas de mettre en œuvre des « systèmes intégrés » qui permettent de bénéficier de l’optimisation technique d’un bâtiment à l’autre.

    Une part de la culture du projet consiste à inventer pour chaque situation une cohabitation de systèmes architecturaux et techniques entre eux, qui forme le fameux « prototype » dont l’agilité est trop faible en regard des enjeux environnementaux. Raisonner en termes d’usages flexibles, c’est sortir de cette logique de projet issue d’un cahier des charges lié à des usages pour aller vers une ouverture des possibilités et une réflexion sur des « bâtiments contenants » qui soient plus universels et plus généreux.

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    Projet « Travailler au cœur de l’Ilot Bréguet » : reconversion de l’ancien garage des postes en bureaux à Paris
    © Thierry Lewemberg Sturm

    Plus de hauteur libre avec moins de hauteur perdue

    La pratique de la rénovation et de la réhabilitation a conduit à repousser les limites des encombrements des « tripailles techniques » sans toutefois avoir une réflexion globale sur ces sujets techniques. On a coutume d’opposer les espaces capables aux espaces servants dans une logique de pensées en silos qui vise à attribuer à chaque fonction son espace. Interroger nos pratiques, c’est penser la technique comme « diffuse » dans les matérialités du bâtiment afin qu’elle remplisse plusieurs fonctions avec le même « système intégré » en optimisant les matières premières. C’est l’exemple des planchers à la fois structure et profil de passages d’air et de flux, des façades intégrant les fonctions thermiques. Ce nouveau paradigme impose une plus forte symbiose entre les différentes spécialités techniques du bâtiment.

    Un des sujets déterminants dans l’approche de la conception des espaces est leur hauteur libre. Nous devons passer d’une vision de la conception en termes de contrainte à celui de la résultante. C’est de cette vision du projet qu’est issu le principe de réversibilité entre les espaces tertiaires et les logements.

    Comment conjuguer la demande de confort et de ventilation des logements avec des contraintes d’optimisation de matériaux ? C’est possible, en abandonnant le raisonnement par la fonction pour aller vers une « pensée des possibles ». De la même manière que la matière première composant les « contenants » d’aujourd’hui qui existe déjà est à transformer, la matière première des « contenants » de demain est à optimiser dans le sens de leur liberté d’évolution.

    Il n’est donc pas efficient de raisonner en termes de pas d’étage logement et de pas d’étage bureau. Une démarche prospective viserait à augmenter la hauteur des logements, et diminuer celle des bureaux pour obtenir une hauteur libre commune pour ses deux fonctions urbaines fondamentales. Ce travail, mené en collaboration avec des constructeurs afin de trouver une hauteur parfaitement compatible pour les deux fonctions, induit une réflexion sur les systèmes intégrés qui ne créé pas de vides techniques et de plénum. Une des solutions passe par une façade active qui permet de diminuer le pas d’étage pour des fonctions tertiaires et d’activité. La réversibilité en logement est ainsi d’autant plus viable qu’elle sera à même de créer plus de confort et plus de ventilation pour les futurs espaces.

    A l’échelle urbaine, ce raisonnement est salvateur parce qu’il crée une valeur d’adaptabilité en générant des espaces capables dans les immeubles « libres et ouverts » moins asservis par la technique. Ce raisonnement a vocation à être intégré dans la politique de la ville au sens règlementaire et nécessite de raisonner en termes de nombre de niveaux plus qu’en terme de linéaire de hauteur ainsi que de repenser les notions d’affectations des locaux.